1978-2018 : 40 ans de libéralisme

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En 1978 est créé le Commissariat à l’Énergie Solaire (COMES) devant permettre de trouver des solutions aux disettes énergétiques qui ne manqueraient pas de se produire. Quelques années plus tard des déréglementations qualifiées de libérales furent mises en œuvre. Pour quels résultats ?

Le Commissariat à l’Énergie Solaire (COMES) est créé par décret en mars 1978 avec comme premier Directeur un ingénieur de l’École des mines. Le COMES est en charge de la promotion d’une politique énergétique mettant en œuvre les énergies renouvelables (photovoltaïque, solaire, thermique, éolienne, hydraulique, biomasse), ainsi que les économies d’énergie et l’utilisation rationnelle des sources d’énergie.

Le rôle majeur de l’État dans la conduite de la transition énergétique va être très rapidement remis en cause : en1982, le COMES fusionne avec plusieurs autres organismes publics pour donner naissance à une Agence de moindre ambition (AFME) qui se transforme en 1992 en une autre Agence (ADEME) qui met seulement à disposition des entreprises et des collectivités locales ses capacités d’expertise et de conseil. Le rôle pilote de l’État s’efface, il n’entend plus assurer la direction des très profondes mutations de la société qui s’imposent.

Les routes vers le progrès, qui se définissent comme l’amélioration de l’existant, étaient claires à cette époque. En 1973, le prix du baril de pétrole avait été quadruplé (un second suivra en 1979) et chacun s’interrogeait sur le caractère fini de ressources non renouvelées par les photons solaires. Les technologies proposées à cette époque pour continuer une marche vers le mieux être n’ont en rien changées presque un demi-siècle plus tard. Dans le domaine du photovoltaïque, le fabricant Français Photowatt conçoit et produit des modules photovoltaïques en intégrant la fabrication de tous les éléments, des lingots de silicium monocristallin aux cellules solaires.

EDF a remplacé deux cents entreprises privées qui assuraient la production électrique dans les années 1930 grâce à la création d’un service public unique de l’électricité. En 1973 est lancée la construction de 13 centrales nucléaires arrimant la France à cette filière. Même si le pays subit une panne d’électricité générale en 1978, la France n’a rien à envier à aucun pays au monde. Les années 1990-2000 vont être marquées par « l’ouverture à la concurrence ». En 1992 EDF prend ses premières participations à l’international et en 2005 EDF devient une Société Anonyme (SA) et ouvre son capital. « Avec l’ouverture du marché et l’ouverture de son capital, EDF est lancé dans l’univers concurrentiel et se transforme pour mettre son expertise au service de marchés internationaux. »

Qu’en est-il d’EDF et de la filière nucléaire de nos jours ? Le groupe est plombé par une dette abyssale chiffrée à 37,5 milliards d’euros (voire le double selon d’autres experts). L’Etat, son principal actionnaire (à 85,6%), navigue à vue au gré des changements de clan politique. Mais pouvait-il en être autrement puisqu’aucune décision tranchée n’avait été prise concernant le nucléaire : fallait-il fermer les centrales ? Quand ? En ouvrir d’autres ? D’élection en élection les décisions se modifiaient.

Il ne faut pas confondre l’État avec les élus qui ne font que le gérer temporairement. Pour les choses qui se font et se défont, qui n’existent que très temporairement, les entreprises privées, qui s’adaptent aux demandes du marché, sont plus en phase avec des résultats électoraux puisque les gens expriment dans les deux cas leurs besoins ou leurs désirs. Il devint vite évident qu’il n’était pas possible d’être élu autrement qu’en satisfaisant les besoins immédiats des électeurs au détriment du souhaitable. C’est ainsi que le libéralisme s’imposa en remède de l’impéritie des gouvernements successifs. Remettre dans les mains des marchés des décisions est le moyen qu’ont trouvé les politiciens pour ne pas avoir à prendre de décisions : les qualités nécessaires pour être élus ne semblent pas compatibles avec celles indispensables pour assumer pleinement la fonction, même au prix de pirouettes politiciennes hors pair. Mais les marchés ne peuvent fonctionner qu’en engendrant des inégalités…

L’état de l’État maintenant. Depuis 1978, la dette publique de la France a été multipliée par 27 et elle n’a pratiquement pas cessé de progresser pour dépasser 2000 milliards d’euros (97 % du PIB) actuellement. Le budget de la France est pratiquement à l’équilibre jusqu’en 1980 pour augmenter avec de larges variations saisonnières atteignant 8% du PIB en 2009. Enfin, le taux de prélèvements obligatoires est passé de 38% en 1978 à 45% de nos jours.

Il est possible de multiplier le nombre d’indicateurs économiques : tous seront en défaveur de ceux observés actuellement.

Les déréglementations ont eu lieu vers 1980 au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, et en France dès 1983. Ces mesures ne sanctionnaient pas l’inaptitude de l’État à imposer des choix stratégiques, elles marquaient l’incapacté des élus à œuvrer pour le bien commun. Le système des grandes écoles en France était justement en place pour pallier cette difficulté. Les ingénieurs devaient avoir un statut et une notoriété qui les mettaient sur un même plan que les élus. Ceux-ci firent tout pour se débarrasser de ce pouvoir des techniciens pour le remplacer par l’esbroufe des bateleurs sous le prétexte d’égalité alors qu’il s’agissait d’établir une noblesse basée sur le mérite et la technique.

Les dirigeants politiques ont confondu égalité et épandage de subventions. Ce faisant, ils n’améliorèrent ni l’Égalité, ni la Liberté, ni la Fraternité. Ils contribuèrent seulement à constituer une autre élite basée sur sa capacité à vendre des rêves en lieu et place de la réalité. L’espace fut envahi de start-upers, de managers, de leaders, de traders s’investissant non plus dans la production de biens réels mais dans la proposition de solutions de problèmes qu’ils avaient eux-mêmes créés. Le secteur tertiaire possède d’infinies possibilités de rendre compliqué ce qui est simple afin d’en tirer profit. Ce processus peut durer si l’on peut disposer à satiété d’énergie et de ressources naturelles : ce ne fut jamais vrai, c’est encore moins vrai de nos jours !

Quarante années à l’issue desquelles une entreprise de réputation mondiale est en faillite, la filière nucléaire la plus performante du monde à l’abandon, une filière photovoltaïque laissée en déshérence, un état aux mains de puissances étrangères !

Lorsqu’on n’est pas assez imaginatif ou pas assez courageux pour sortir d’une impasse, on imite les autres. La plupart de ceux qui ne voulaient plus décider, les dirigeants, se tournèrent donc vers le libéralisme, nom qui recouvre tout sauf les racines de la liberté. Le libéralisme ne s’encombre pas de théories ou d’idéologies, il s’agit seulement de faire produire par les plus pauvres ce qu’achète les plus riches. Le système Nord-Américain est érigé en modèle alors que les modes de fonctionnement européens n’ont rien de commun avec celui-ci. L’Europe de Stefan Zweig, Ambroise Croizat, Kierkegaard, Huxley, Primo Levi et de tant d’autres ne pouvait-elle pas s’inventer son propre futur ?

 

 

par Jacques-Robert SIMON

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