Corée du Nord : comment les USA veulent encercler la Chine

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Après l’épisode des « armes de destruction massive » en Irak, il y a presque 15 ans, l’administration américaine (Trump n’y a rien changé) s’en prend maintenant à la Corée du Nord, et ses « armes nucléaires ». Mais l’enjeu dépasse cette fois le pétrole et les finances saoudiennes : les USA jouent leur place de n°1 mondial face à la Chine. Les USA sont entrés en crise historique depuis que la Chine les a dépassé économiquement. Dans l’âpre lutte mondiale, la force va à la force. Hors, si les USA perdent de leur crédit auprès de leurs vassaux, c’est tout leur empire qui risque de partir en lambeaux assez rapidement. Dans cette lutte de la dernière chance, les USA veulent faire peser leur supériorité militaire afin de « rester dans le jeu » qu’ils ont perdu économiquement, et même culturellement à l’heure des souverainismes. Le dispositif militaire essentiellement défensif de la Corée du Nord ne représente pas une menace militaire réelle : par contre, le « dictateur fou » Kim Jong-Un représente le « storytellig » idéal pour installer l’armée américaine aux portes de la Chine. Avec, dans le rôle du complice incendiaire tenu en Europe de l’est par la Pologne, le nationalisme japonais. Nous verrons si la Chine (et la Russie) seront en mesure de contrer ce coup de l’impérialisme américain, et d’entrainer l’opinion internationale à leur suite. C’est une situation historique qui peut clore définitivement le « 20ème siècle américain ». 

La Corée du Nord ne représente pas une menace militaire sérieuse. Ou alors il faut s’inquiéter du niveau des armées occidentales ! Qui peut croire sérieusement qu’ils sont capables d’envoyer une « bombinette » sur leurs voisins ? Ils sont à peine capables de construire un missile de croisière qui n’explose pas en plein vol. Et même dans ce cas, on suppose que les intercepteurs américains disposés dans la région, seront à même de neutraliser l’attaque. Kim Jong-Un n’est pas Brejnev ! Le décalage quantitatif et technologique est abyssal. On est bien en présence d’une mascarade.

Il faut aller voir le planisphère, pour se rendre compte de la position géographique de la Corée du Nord, petit territoire perdu aux confins de l’Asie et du Pacifique. Qui la Corée du Nord peut-elle donc agresser avec ses trois petits missiles ? Car enfin, si menace il y a, il faut la définir.

La Corée du Sud ? C’est absurde. Pour des raisons idéologiques d’abord. Les deux Corée font chacune profession (selon leur propre rhétorique) de réunifier le pays sous leur égide. Aucune des deux Corée ne désire la guerre avec l’autre aujourd’hui, à part quelques faucons de part et d’autre. La seconde raison est que les USA ont disposé des armes stratégiques et d’interception sur le territoire sud-coréen. Tout missile offensif serait donc immédiatement détruit en plein vol. La menace est donc nulle. D’autant que le fossé technologique est immense, on le redit. La Corée du Nord serait en outre incapable d’exploiter stratégiquement une telle folie, et serait incapable d’envahir le sud. Le temps n’est plus où l’URSS et la Chine auraient conjointement envahi le sud capitaliste pour y implanter le communisme. C’est complètement dépassé, et depuis des décennies. Par contre, la Corée du Nord s’exposerait à une réplique apocalyptique. Elle n’y a pas intérêt.

De même, le Japon (et l’île américaine de Guam) sont présentés comme des objectifs potentiels de la Corée du Nord. Là encore c’est ridicule. Il faudrait déjà que les missiles coréens soient capables d’atteindre en portée utile ces territoires. Ensuite, ils devraient passer au travers des intercepteurs US disposés sur ces territoires. Enfin, il faudrait être capable d’exploiter stratégiquement une telle attaque. Car que se passerait-il une fois que la Corée du Nord aurait bombardé une ville japonaise ou une île américaine ? Déjà, elle n’aurait pas l’arsenal pour lancer une deuxième bombe. Ensuite, elle serait totalement incapable d’aller envahir le Japon ou Guam. Elle n’a ni l’armée ni les alliés pour cela. Et là encore, elle s’exposerait à une réplique apocalyptique, qui signerait la fin du régime.

Les deux seuls autres pays, voisins terrestres de la Corée du Nord, sont la Chine et la Russie. On voit mal la Corée du Nord attaquer la Mandchourie ou Vladivostok ! D’abord parce-que Moscou et Pékin restent ses deux principaux interlocuteurs historiques, mais aussi parce-que elle serait pareillement incapable d’aller ensuite exploiter une telle attaque. Ce serait suicidaire. La Chine ou la Russie (puissances nucléaires) l’écraseraient en retour.

Bref, il ressort de tout cela que la Corée du Nord n’est pas en position d’attaquer qui que ce soit. La survie même du régime tient à cette équation : n’attaquer personne, être suffisamment compliqué à attaquer (risque nucléaire, armée conventionnelle de défense, fanatisme supposé de la population encadrée idéologiquement). Qui plus est, la Corée du Nord ne représente pas un territoire riche à s’approprier. La Corée du Nord ne va nulle part. Elle ne peut que se perpétuer toute seule dans son coin.

Alors, quel est le but des américains ? Endiguer la Chine voisine. La Chine est devenu la première puissance économique mondiale. Par la force des choses, elle en viendra aussi à devoir assumer des responsabilités géostratégiques grandissantes. De leur côté, les USA doivent le plus longtemps possible maintenir leur hégémonie militaire, qui leur permet de continuer à vivre à crédit du monde, et de passer pour un suzerain utile aux pays vassaux. C’est à peu près la stratégie de la France (toutes proportions gardées) en Afrique de l’Ouest, où notre puissance militaire seule, nous permet de rester dans la boucle économique.

La stratégie des USA consiste donc à chercher des prétextes pour positionner des armes stratégiques et des éléments de surveillance au plus près du territoire chinois. Ce prétexte, c’est la « menace nord-coréenne ». Il faut dire que l’autocrate Kim Jong-Un apparait plus que parfait dans le rôle du dictateur fou dangereux. En faisant monter la pression au niveau international, les USA espèrent contraindre la Chine (et accessoirement la Russie) à accepter une présence militaire américaine accrue à leur frontière. Et pourquoi pas un dispositif naval américain en Mer de Chine ?

 

Paul Leleu

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