Classements mondiaux et nouveaux indicateurs de bien-être : où se situe la France ?

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Il est de ces chiffres flatteurs dont économistes et politiques aiment souvent à se targuer, avec d’ailleurs la complicité bienveillante d’une certaine presse toute acquise à leur cause, c’est par exemple cette place très enviée de 6ème puissance mondiale, en indice de PIB, permettant à la France de jouir d’une position -disons-le- assez favorable dans le concert des nations, à travers notamment sa présence dans les rassemblements réguliers dits des « pays riches », G8, ou même G20, quand ceux-ci veulent bien faire la fête…

A son statut privilégié de membre permanent historique du conseil de sécurité de l’ONU, sa présence dans le club non moins fermé des puissances nucléaires et son rôle de co-leader avec l’Allemagne de l’Union Européenne, nous pourrions ajouter une très belle première place de pays le plus visité au monde. Lorsqu’en plus l’on possède un président des plus beaux et des plus jeunes que peut assurément compter la planète, que pourrions-nous demander de plus ?

Peut-être une mise en perspective, et un approfondissement au sein duquel l’on découvrira que cette reluisante réalité peut-être envisagée d’une manière fort différente…

 

PIB en PPA et PIB/Hab, quelques précisions techniques

D’abord si on en croit le FMI et son classement de PIB en Parité de Pouvoir d’ Achat, nous redescendrions déjà de 3 places pour nous révéler 9 ème et redonner leur juste place aux Inde, Brésil et Russie qui nous devanceraient donc dans le classement.

L’on pourrait s’amuser ensuite, pour effacer un certain effet trompe-l’œil, à diviser notre cher indice de PIB par notre nombre d’habitants afin de découvrir que finalement, nous nous retrouverions à une 34ème place peut-être plus méritée, qui demeure malgré tout honorable, même si il y a peut-être moins lieu de pavoiser.

Si l’on ajoute qu’aujourd’hui la mode du PIB, si en vogue pendant des décennies, semble quelque peu s’essouffler, notamment depuis qu’un certain d’Easterlin, avec son paradoxe, ait constaté que passé un seuil de développement, il n’y avait plus de lien entre richesse et perception de bien-être par les habitants -dommage, quelques uns auraient peut-être aimé nous y faire croire encore longtemps- l’on aura tôt fait d’utiliser de nouveaux paramètres, pour nous les hommes, qui aimons bien se mesurer les uns aux autres…

Alors les économistes se sont penchés sur la question : Qu’est-ce qui pouvait donc bien clocher ? Il ne suffirait donc pas d’être plus riche et développé que les autres pour être heureux ?

De là l’apparition de curieux indices, plus ou moins loufoques, prenant en compte d’autres critères pour affiner notre degré d’« évolution ».

 

BNB

Un des premiers fut le BNB, bonheur national brut, à ne pas confondre avec la Banque Nationale de Belgique, initié par le Bouthan dans les années 70, qui souhaitait montrer qu’il existait d’autres types de richesse que l’argent, qui n’est d’ailleurs pas souvent très propre et pas non plus très éthique, pour ceux qui ne le sauraient pas encore…

Ainsi,

croissance et développement économiques ;

conservation et promotion de la culture ;

sauvegarde de l’environnement et utilisation durable des ressources ;

bonne gouvernance responsable,

furent les premiers critères retenus et qui attirèrent par la suite l’attention des « chercheurs » internationaux.

 

BIB

Des canadiens créèrent ainsi en 1980 le Bonheur Intérieur Brut, une variante, qui semble moins utilisée aujourd’hui mais qui aurait montré que les français auraient atteints un pic de bonheur en 2001… On fait toujours des découvertes intéressantes en archéologie de nos jours…

 

IDH & Better Life Index

Le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) créera, lui aussi, dans les années 90, son IDH (indice de développement humain), ajoutant simplement au PIB de modestes variables de niveau et d’espérance de vie, et qui nous gratifiera aujourd’hui d’une honorable 21ème place… peut-être pas très éloignée du Better Life Index de l’OCDE(Organisation de coopération et développement économique), club restreint des amateurs de démocratie et d’économie de marché, qui nous offrira une bonne 17 ème place, mais sur seulement 35 pays concernés…

 

World Happiness Report

L’ONU, établira alors par la suite un nouveau classement mondial en fonction non seulement du PIB par habitant, mais aussi des soutiens sociaux, de l’espérance de vie, de la liberté sociale, de la générosité et de l’absence de corruption dans la population. Ce qui l’on s’en doute permettra de rebattre quelque peu les cartes. Ainsi le Rapport annuel sur le Bonheur 2017 fera descendre notre beau pays à une 31ème place, loin derrière nos voisins nordiques- on ne sait pas pourquoi- mais toujours très à l’aise avec les classements mondiaux.

 

Social Progress Index

L’union européenne, elle, pour allouer ses fonds au développement, aurait décidé il y a peu de se référer à un Social Progress Index qui inclut pas moins de 52 critères, de l’alimentation à la santé, de l’éducation aux taux de suicide, obésité, pollution ou environnement, jusqu’aux droits politiques. Pourrait-on penser que cela fait presque trop, mais avec une bonne 19ème place juste derrière les Etats Unis il semble que nous ne nous en sortions pas trop mal, même si nos amis Danois semblent toujours aussi distants, un jour peut-être, faudra-t-il aller leur parler…

 

Happy Planet Index

Des uluberlus se sont ensuite quant à eux penchés un peu plus sérieusement sur la question « environnementale », et ont élaboré un classement qui prend en compte l’espérance de vie, la perception du bien-être, l’empreinte écologique et les inégalités. Il est vrai que ce sujet de l’écologie avait été considéré au mieux comme une variable d’ajustement parmi d’autres dans certains indices mais au vu des problématiques de réchauffement climatique ou d’extinction des espèces actuelles qui nous tombent dessus, il se pourrait que ce classement, somme toute assez audacieux, notamment par rapport à la notion de « bien-être » perceptible, nous interpelle de plus en plus.

Ainsi le Happy Planet Index, comme il se fait nommer joyeusement, fait-il curieusement nettement reculer les pays les plus riches, même la Norvège et le Danemark si bons élèves d’ordinaire se voient contraints de quitter le haut du pavé (10ème et 32ème position) pour céder la place à un inattendu tiercé gagnant qui en fera tressauter probablement plus d’un, composé du Costa Rica, du Mexique, et de la Colombie, ces deux derniers états étant peu réputés pour leur faible taux de criminalité mais qui néanmoins voient leur population faire preuve d’un bel optimisme puisque la perception de bien-être de leurs habitants demeure très élevée, associée à une empreinte écologique modérée. De quoi nous poser des questions…. Vive l’Amérique centrale !

La France, dans ce classement, se voit chuter à une 44ème place, en raison de son empreinte écologique, considérée comme très mauvaise, et que ne rattraperont pas nos autres bonnes statistiques, telles notre espérance de vie honorable ou notre souci traditionnel à l’égard des inégalités qui fera grogner d’ailleurs tous ceux qui nous reprocheraient d’être les champions en matière d’imposition.

A noter une incroyable contre-performance du Luxembourg (139ème place sur 140), qui malgré de très bonnes dispositions générales se voit être plombé par une empreinte écologique désastreuse, comme quoi il ne fait pas toujours bon vivre de nos jours dans un paradis fiscal…

Global Footprint Network

Si l’on se référait à la seule question environnementale pour réévaluer l’ordre mondial, il faudrait probablement inverser peu ou prou le classement du PIB/hab. Selon le Global Footprint Network, les Français ne chuteraient pas au niveau dramatique des pays du Golfe, du Luxembourg ou des Etats-Unis certes, grâce notamment à leur industrie nucléaire(il faut dire, non prise en compte dans l’empreinte écologique), qui leur permet d’économiser un peu de carbone, mais elle ferait assurément partie du dernier quart du classement, avec une empreinte deux fois et demi trop grande, ce qui est somme toute loin d’être un exemple, pour un pays qui a récemment initié en grande pompe les Accords de Paris sur le climat.

 

Taux de Chômage

Pour nous remonter le moral, nous ne pourrons malheureusement pas compter sur notre taux de chômage qui préoccupe tant d’électeurs et de politiques (probablement à juste titre) mais qui là aussi nous place parmi les mauvais élèves de la planète. Sur 109 pays étudiés, nous nous retrouverions à une 68ème place. Pas de quoi sauter là non plus au plafond et donner des leçons de bonne gouvernance économique aux pays en mal de « développement ».

 

Endettement

D’autant plus que notre peu enviable position de 19ème pays le plus endetté au monde(100% sur PIB), même si encore loin derrière le Japon et ses 235%, le Zimbabwe (205%) ou la Grèce (181%), devenue elle peu fréquentable, ne nous redorera pas non plus le blason.

 

Corruption & Transparence financière

Alors reviendrons-nous peut-être aux fondamentaux. Liberté, égalité, fraternité, après tout, c’est vrai que l’on a du mal à s’en défaire, puisque selon l’Index de Perception de la Corruption de Transparency International nous ferions meilleure figure, avec une « honnête » 23ème place (score 69%). Avec nos problèmes de reculade sur les questions de casier judiciaire vierge dans la loi de moralisation de la vie politique nous aurons malgré tout peut-être un peu de mal à remonter un peu. Et les petites danoises et leur 90% d’intégrité nous resteront tristement inaccessibles…

Nous ne pourrons malheureusement pas rehausser notre jeu par d’autres biais, si l’on en croit le Financial Secrecy Index (FSI), qui entre l’Île de Man et La Russie, nous classerait au 31ème rang des pays les plus opaques dans le monde. Dommage pour notre ami Nicolas Hulot qui se voulait pionnier en matière de « Finance Verte ». Il est à penser que le maintien récent par les députés du « Verrou de Bercy » ne plaidera pas non plus en notre faveur. Liberté, égalité, probité vous avez dit ?

 

Indice de démocratie

Ce n’est donc peut-être pas pour rien que l’Indice de Démocratie anglais nous qualifiera de démocratie « imparfaite », au 24ème rang mondial seulement. Oui, peut mieux faire. Peut-être l’occasion encore une fois, d’aller passer ses vacances en Scandinavie et pourquoi pas en apprendre un peu sur le thème de la paix dans le monde ?

 

Global Peace Index

Augmentons alors notre champ de vision, et respirons un grand bol d’air frais. La France, pays promoteur de la paix dans le monde ? Là non plus (on s’en doutera un peu), selon l’Index Global de Paix 2017, avec notre laborieuse 51ème place, Islande ou Nouvelle Zélande, pays en pointe, nous semblerons des destinations par trop lointaines et exotiques. Avec plus d’une vingtaine d’indicateurs, focalisés sur les questions de violence, de guerre et de sécurité, cet index, qui se veut assez exhaustif sur la question, nous fera pêcher (malgré souvent de bonnes notes) surtout au niveau de notre politique extérieure, jugée très belliciste, si l’on en croit notre 5ème rang en terme de participation à des conflits dans le monde, de nos ventes d’armes qui nous amènent au 8ème rang des pays exportateurs, de notre possession d’armes lourdes et nucléaires qui là aussi nous handicape fortement, et sur la question du terrorisme, qui nous classe à un niveau orange, jugé très moyen.

Les défenseurs de la nucléocratie et d’un certain « équilibre par la terreur », auront par ailleurs peut-être un peu de mal à s’appuyer sur un hypothétique pacifisme des pays possesseurs de la bombe atomique, tout du moins si l’on se réfère à la géopolitique et aux pratiques intérieures historiques des USA, de la Russie ou de la Chine pour ne citer que les plus importants. (Viet Nam, guerres en Irak et Afghanistan, Tchétchénie pour la russie, Tibet pour la Chine, Guantanamo et autres camps américains, goulags russes et laogaïs chinois…). On rappellera que l’épisode de la crise des missiles de Cuba durant le guerre froide avait failli tous nous précipiter dans une guerre nucléaire…

Chacun pourra donc se faire son opinion, au regard de tous ces indicateurs, même si normatifs, limités et imparfaits, sur les véritables performances de la France dans le concert des nations. Il nous feront aussi nous interroger toujours plus sur la notion de « développement », et sur les bases sur lesquelles nous organisons nos institutions ainsi que la gouvernance de l’ONU et autres intergouvernementalités, que beaucoup souhaiteraient rendre plus transparentes, efficientes et démocratiques, et moins basées sur la trop facile loi du plus fort ou du « j’y suis j’y reste ». La France, qui se voudrait lumière, et qui dispose d’une voix toujours respectée, semblerait par ailleurs s’égarer de par certains aspects dans des ombres qu’il serait dangereux de ne pas mettre à jour. Que signifie-t-il encore, au delà des beaux discours, de faire partie des plus grandes « puissances », si celles-ci ne concourent pas sans ambiguité à la promotion de la paix et à la durabilité du monde ?

Réserves de devises et d’or, diminuées de leur dette extérieure totale (publique et privée), d’après les données de 2010 du CIA Factbook. (source wikipédia)

 

source

Elixir

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