Une insigne maladresse : M. Macron, le général P. de Villiers et les Armées

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Le chef des armées (CDA) qui se met à dos le chef d’état-major des armées (CEMA), bravo ! On a vu mieux comme respect de la chaîne de commandement et rappel à la hiérarchie. Il est des fautes politiques qui laissent des traces indélébiles avec un chef de l’Etat qui n’a pas compris à qui il avait affaire et qui n’a surtout pas saisi qu’entre la nation et son armée, entre un chef de l’Etat, constitutionellement chef des armées et le chef d’état-major des armées, il existait un lien indissoluble reposant sur la confiance. Une confiance réciproque sans laquelle le président de la République n’est rien.

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« La République ne marche pas comme cela. Si quelque chose oppose le chef d’état-major des armées au président de la République, le chef d’état-major des armées change« , a cru devoir maladroitement déclarer M. Macron au « Journal du Dimanche » du 16 juillet. Il n’a pas compris que l’obéissance ne se décrète pas, pas plus que le respect.
– Un très sérieux problème

M. Macron ne mesure pas la chance qu’il a de vivre dans une France démocratique dans laquelle les forces armées sont principalement et avant-tout légalistes, respectueuses du droit, de la Constitution et de la légalité républicaine. Il ne voit peut-être pas ce qui aurait pu lui arriver si, comme il advient dans beaucoup d’autres pays aux régimes politiques musclés, le moindre manquement au respect des forces armées signifie à court terme une fin de carrière parfois brutale pour les imprudents qui malmènent l’institution militaire. Nous n’en sommes pas là, fort heureusement, simplement parce que la maturité politique des armées françaises et de ceux qui les composent et les commandent est telle qu’en réalité le « cas Macron » est très probablement déjà réglé aux yeux des militaires, l’intéressé ayant commis une faute politique et morale qui, pardonnée ou non, peu importe, est de facto irrattrapable.

Peu importe en effet ce qu’il adviendra du rendez-vous du vendredi 21 juillet prochain à 18 heures à l’occasion duquel M. E. Macron et le général P. de Villiers se rencontreront après le « recadrage » présidentiel du 14 juillet. L’Elysée se fendra d’un communiqué et Mme Parly, étrangement muette, sera peut-être autorisée à dire quelque chose.

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/mais-que-va-faire-le-chef-d-etat-major-des-armees-le-general-pierre-de-villiers-744163.html

Que M. de Villiers démissionne ou qu’il soit de nouveau maintenu dans ses fonctions dans lesquelles le président l’a récemment reconduit pour une année, peu importe car désormais le mal est fait et le quinquennat connaît sa première véritable crise. Celle-ci est constitutive d’un très sérieux problème au regard de la confiance qui lie les armées à son chef constitutionnel. Celui-ci dispose d’un « domaine réservé » qui requiert un outil militaire adéquat et pleinement opérationnel, ce qui n’est plus le cas comme on l’aura compris. On sait en effet que la Constitution confère au président de la République un rôle majeur en matière de défense nationale puisqu’il est le garant de l’indépendance nationale et de l’intégrité du territoire national (art.5) et le « chef des armées » (art.15). Si l’on ajoute à ces prérogatives le fait que le président décide seul de l’emploi de la force nucléaire (décret du 14 janvier 1964) et préside les conseils et comités supérieurs de la défense nationale ainsi que le Conseil de sécurité intérieure (décret du 15 mai 2002), on voit l’importance de disposer d’un lien de confiance exceptionnel avec le chef d’état-major des armées.

Quel que soit le respect inconditionnel que le CEMA peut avoir pour la fonction présidentielle et celui qui l’incarne temporairement, nul doute qu’il n’aura pu se défaire de l’idée insupportable de se voir ainsi admonester publiquement par un homme né en 1977, soit deux ans après son entrée à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr en 1975, et qui n’était encore qu’un jeune homme au moment où lui servait déjà au Kosovo en 1999 au sein de la KFOR.

Devant pareille situation, on peut fortement souhaiter que M. Macron aura lu avec attention la lettre que le général de Villiers a adressée à ses camarades dans sa rubrique « Pensées du terrain » intitulée « Confiance » .

« Je terminerai par une recommandation, écrit le général. Parce que la confiance expose, il faut de la lucidité. Méfiez-vous de la confiance aveugle ; qu’on vous l’accorde ou que vous l’accordiez. Elle est marquée du sceau de la facilité. Parce que tout le monde a ses insuffisances, personne ne mérite d’être aveuglément suivi. La confiance est une vertu vivante. Elle a besoin de gages. Elle doit être nourrie jour après jour, pour faire naître l’obéissance active, là où l’adhésion l’emporte sur la contrainte.Une fois n’est pas coutume, je réserve le sujet de ma prochaine lettre. »

La confiance et l’adhésion se fondent sur le respect…Assurément, le Chef de l’Etat, chef suprême des armées, a commis un inqualifiable écart de langage sinon de comportement envers le général de Villiers, un officier avant tout soucieux de défendre l’institution militaire et les hommes qui servent sous le drapeau. A la différence de M. Macron, nul doute que la « dignité » dont parlait sans discernement le président de la République est quant à elle parfaitement assumée par le général Pierre de Villiers comme elle l’a toujours été.

Les forces armées auront donc compris qu’elles n’avaient comme chef constitutionnel qu’une sorte de général Zantas (la caricature de dictateur campée par le dessinateur Franquin dans l’album de BD intitulé « Le dictateur et le champignon« , des aventures de Spirou et Fantasio), qui aura confondu rigueur et rigorisme, potestas et imperium, et aura montré qu’il n’avait en réalité aucune de ces qualités requises pour leur parler avec le respect et l’estime qui leur est dû.

L’incident tombe plutôt mal car le problème de fond est loin d’être réglé.

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II- Un budget indigent et des arbitrages problématiques

Le président de la commission de la défense de l’Assemblée, M. Jean-Jacques Bridey, rappelle en effet que le sujet de discorde demeure en « regrettant » le « choix » d’imposer 850 millions d’euros d’économies au ministère des Armées en 2017. « C’est un choix. Personnellement, je le regrette, surtout quand je vois l’explication qui a été donnée par Bercy, puisqu’on nous dit qu’il faut faire 4 et quelques milliards d’économies mais que dans le même temps, on ouvre 1,5 milliard d’ouverture de crédit pour la capitalisation d’Areva », a expliqué le 14 juillet Jean-Jacques Bridey sur RFI.

Le député LREM du Morbihan Gwendal Rouillard estime quant à lui que la proposition du ministère des Finances est carrément inacceptable ». « On ne peut dire d’un côté qu’on doit protéger nos concitoyens en raison aujourd’hui de l’état de la menace et dans le même temps au premier coup de rabot budgétaire se planquer et assumer ce genre de décisions. Moi je ne l’assumerai pas »…

Le député LREM du Finistère Jean-Charles Larsonneur considère de son côté qu’« entamer ce quinquennat par une entaille de 900 millions d’euros dans le budget de la défense appelle à une certaine vigilance alors que 55% des Français considèrent que celui-ci est insuffisant pour que les Armées puissent remplir leurs missions au demeurant toujours plus nombreuses ».

Pas d’argent pour les armées ? Ce n’est pas grave, il y aura tout ce qu’il faut pour investir sur l’avenir à moindre coût avec les prochains jeux olympiques…Cela ne coûtera qu’un tout petit milliard d’euro vient doctement assurer le Chef de l’Etat transformé pour la circonstance en VRP des JO. Il n’est qu’à écouter attentivement le galimatias qui suit ci-après pour prendre la mesure du désastre et du décalage avec les réalités de l’heure.

Je sais pour ma part ce que je ferais si j’étais à la place du CEMA. Je sais surtout ce que je dirais à mon interlocuteur, sans détour, de manière ferme et diplomatique, en ma qualité de général et de véritable chef de guerre conscient des intérêts supérieurs de la France.

Faudra-t-il un nouvel attentat pour changer de cap ? La France est en guerre, ne l’oublions pas, tout comme l’Europe. Si vis pacem parabellum.

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