Propagande massive sur la présence de troupes russes « invisibles » dans le Donbass et nouvelles sanctions contre la Russie

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Alors que le G20, et que la rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine ont eu lieu, le calme relatif qui continue de régner dans le Donbass est trompeur. Si la discussion entre les deux présidents semble avoir été cordiale, il est prématuré de s’en réjouir. Car dans le Donbass, l’artillerie ukrainienne continue doucement mais sûrement d’augmenter jour après jour le nombre de ses tirs sur les territoires des Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk (RPD et RPL). Ici, la résolution pacifique du conflit ne semble toujours pas être à l’ordre du jour.

Alors qu’au début de la trêve instaurée le 24 juin, les tirs étaient redescendus en dessous des 20 violations par jour, celles-ci sont remontées aux niveaux antérieurs à la trêve depuis la semaine passée, et rien que durant les dernières 24 heures, l’armée ukrainienne a tiré à 39 reprises sur la RPDblessant deux civils hier soir à 23 h dans le quartier de Troudovskyi à Donetsk, lorsqu’un obus a frappé l’appartement où ils vivent.

Hier après-midi, c’est sur deux villages proches de Yassinovataya (Yakolevka et Mineralnoye) que l’armée ukrainienne s’est déchaînée, tirant à l’artillerie lourde (122 mm et 152 mm) puis au mortier lourd (120 mm) pendant plusieurs heures.

Comme l’a bien analysé Sébastien Hairon, derrière les discours de façade des États-Unis sur la volonté d’appliquer les accords de Minsk, il suffit de regarder qui a été nommé comme représentant américain en Ukraine sur ce sujet, et d’écouter ce que Rex Tillerson a déclaré lors de sa visite à Kiev pour comprendre que ce que veut le complexe militaro-industriel américain c’est tout sauf la paix dans le Donbass.

La crainte exprimée lors de l’élection de Trump s’avère juste : le président américain ne contrôle rien, il ne gouverne rien, il est juste là pour la décoration. C’est l’état profond qui dirige réellement le pays et ses vassaux. Et c’est vers le gouffre de la guerre qu’il veut diriger l’Europe.

Car de Tillerson à Stoltenberg, lui aussi en visite à Kiev ce week-end, ou même l’assemblée parlementaire de l’OSCE, tous nous ressortent encore et toujours l’antienne des troupes russes présentes dans le Donbass, afin de présenter la Russie comme l’agresseur dans ce conflit.

S’asseyant joyeusement sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (et sur les faits historiques concernant le fait que la Crimée ait été maintenue dans le giron ukrainien après la chute de l’URSS par la force), sur la réalité du terrain, et sur le risque de génocide que l’application d’une telle mesure ferait courir aux Criméens comme à la population du Donbass, cette assemblée a voté une résolution qui ressemble à une mauvaise blague.

Celle-ci appelle en effet la Russie à révoquer la décision de réintégrer la Crimée à la fédération de Russie, à retirer ses « troupes d’occupation » de la péninsule (je rappelle aux députés de cette assemblée que ces troupes n’occupent rien, elles étaient là de manière légale même avant le Maïdan puis le référendum de Crimée), et à cesser sa guerre hybride contre l’Ukraine dans le Donbass.

La résolution appelle aussi la Russie à garantir un accès total et sans délai à la Crimée aux organisations internationales, aux experts de l’OSCE, à l’ONU, au conseil de l’Europe, aux ONG de défense des droit de l’homme et aux médias. Ce qui prête à sourire quand on voit l’hystérie de Kiev et de ses soutiens occidentaux à chaque fois qu’un député comme Thierry Mariani vient en Crimée. Quand lui vient, il est sanctionné, et maintenant l’OSCE appelle la Russie à ouvrir grand les portes à tout le monde. Je rappelle aussi que lors du référendum de Crimée, l’OSCE a refusé de venir surveiller le référendum, pour pouvoir ensuite le déclarer illégitime. Il serait temps que tout ce petit monde accorde ses violons, parce que pour le moment niveau cohérence c’est du grand n’importe quoi.

Et puis surtout, depuis la réintégration de la Crimée au sein de la fédération de Russie, un certain nombre de journalistes et blogueurs indépendants sont venus sur la péninsule et ont fait quantité de reportages sur la situation réelle là-bas. Ce que l’OSCE essaye de faire avec cette partie de la résolution c’est d’enfoncer des portes ouvertes…

La résolution exige aussi de la Russie qu’elle révoque la décision de reconnaître les passeports de la RPD et de la RPL, d’arrêter l’agression dans le Donbass, et d’arrêter toute forme de soutien aux groupes armés des deux républiques. En clair l’assemblée parlementaire de l’OSCE prend les désirs de Kiev pour la réalité et appelle la Russie à laisser faire un génocide à ses portes sans rien faire, même dans le cadre légal du droit humanitaire (qui est celui de la reconnaissance des passeports). Je laisse chacun de mes lecteurs apprécier ce que vaut une telle assemblée parlementaire, et ses décisions qui vont à l’encontre du droit international et du droit humanitaire.

Revenons maintenant sur cette accusation farfelue et mainte fois assénée concernant la soi-disant guerre de la Russie contre l’Ukraine et la soi-disant présence de troupes russes dans le Donbass. Car il ne suffit pas de répéter 500 fois la même bêtise pour qu’elle devienne une vérité. Dans une interview publiée hier par le journal Apostophe, le ministre adjoint des Territoires occupées et des déplacés internes en Ukraine, Guéorgui Touka finit par lâcher la vérité, rejoignant une déclaration similaire faite l’an passé par les autorités militaires ukrainiennes : l’Ukraine n’a aucune preuve de la présence de l’armée russe dans le Donbass.

« Malgré tous nos efforts, nous ne pouvons pas prouver pour l’instant de manière juridiquement claire la présence de l’armée régulière russe dans le Donbass  », a-t-il déclaré.

Pour appuyer ses dires il rappelle que la cour de la Haye a confirmé cette incapacité de l’Ukraine à prouver légalement la présence de soldats russes sur son territoire. Il a aussi contesté sur le plan juridique le fait de déclarer que la Russie occupe une partie du Donbass, car il n’y a pas d’organes de pouvoir russe au sein de la RPD et de la RPL.

Cette interview ne fait que confirmer ce que Dmitri Peskov, le porte parole du Kremlin a répondu à Jens Stoltenberg, à savoir que la Russie ne peut pas retirer du Donbass des troupes qui n’y sont pas…

Avec tous ses satellites, et ses services secrets, si les États-Unis et l’OTAN avaient la moindre preuve de la présence de l’armée russe dans le Donbass, celles-ci auraient fait les gros titres des journaux depuis longtemps. Alors pourquoi continuer ainsi d’accuser sans preuve la Russie ? C’est que les autorités ukrainiennes veulent que leur pays intègre l’OTAN, et cette organisation rêve de cela pour continuer d’encercler la Russie.

Bases de l'OTAN autour de la Russie

Et pour justifier cette décision, contraire à l’engagement qui avait donné par les États-Unis de ne pas étendre l’OTAN à l’Est, et aux belles paroles disant que l’OTAN n’a soit-disant pas de velléités belliqueuses contre la Russie, il faut présenter cette dernière comme étant un danger pour l’Ukraine, et pour l’Europe. Et quoi de mieux que de lui faire endosser le rôle de l’agresseur/envahisseur ?

Cette volonté d’intégrer l’Ukraine au sein de l’OTAN, préoccupe d’ailleurs grandement la Russie, qui voit bien à quel jeu stupide et dangereux l’alliance atlantique veut jouer. Les autorités russes, ont averti une fois de plus, que l’extension de l’alliance à l’Est n’allait avoir pour conséquence que de rendre la situation sur le continuent européen de plus en plus instable. Les États-Unis veulent pousser l’Europe à la guerre contre la Russie (s’évitant ainsi une guerre sur son propre territoire), et pour cela il faut que l’OTAN soit au plus prêt de ses frontières.

Résultat, l’OTAN est prêt à continuer à jeter de l’argent dans le puits sans fonds qu’est l’Ukraine, afin de maintenir cette dernière plus ou moins à flot malgré le désastre économique post-Maïdan. Même en ajoutant les 40 millions de livres sterling promises par le Royaume-Uni à ces 40 millions de dollars, cela ne ne suffira pas à couvrir les 115 millions de dollars que Porochenko envisage d’investir en terme d’armement, alors que l’armée ukrainienne manque de tout, même de l’essentiel, et que le FMI a postposé la prochaine tranche d’aide à l’Ukraine.

Il faut y rajouter que les soutiens européens de l’Ukraine commencent de plus en plus à faire la grimace. Entre la Pologne qui refuse que l’Ukraine rentre dans l’UE tant qu’elle glorifie Stepan Bandera, et qui a vu son consulat à Lvov mis en état de siège, et l’Allemagne, qui digère mal les nouvelles sanctions américaines contre la Russie car celles-ci impacteront le projet Nord Stream 2 (dont l’Allemagne a un besoin vital pour continuer de recevoir du gaz russe par un circuit plus fiable que l’Ukraine), l’OTAN va avoir du mal à imposer à tous les pays de l’alliance de faire bloc derrière l’Ukraine pour aller faire la guerre à la Russie.

Surtout quand la Pologne s’oppose à l’Allemagne sur le dossier du Nord Stream 2, on voit bien que chacun essaye de tirer la couverture à soi, que l’Union Européenne n’a d’union que le nom, et que seuls les intérêts de chacun sous-tendent les décisions géopolitiques qui sont prises, donnant lieu à une cacophonie en terme de politique de l’UE. Une cacophonie qui reflète celle qui règne à Washington, entre les discours de Trump et ce que fait réellement son administration.

Les États-Unis s’effondrent comme l’empire romain avant eux, et pour les mêmes raisons, comme l’a bien analysé Chris Hedges. Et suivant la même course folle que la Rome antique vers la guerre sans fin, plus rien ni personne ne pourra les empêcher de s’autodétruire. Dans un parallèle historique frappant, les dissensions actuelles au sein de ce nouvel empire ne sont que les symptômes de son effondrement en cours. La seule question qui reste est : combien de pays et combien de morts cet effondrement va-t-il coûter ?

Christelle Néant

Voir l’article sur DONi

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