Initiation à la propagande moderne – Réflexion sur les chocs à venir – Partie 2

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Comme signalé dans le précédent article, selon la Commission Européenne, qui est l’organe insufflant les règles de bonne conduite en matière de politique aux pays de la zone Euro (art3-121 122 etc.), la France est un pays important pour la stabilité économique de l’union européenne.

« Compte tenu de sa position centrale au sein de la zone euro, la France est source d’effets d’entraînement potentiels sur d’autres États membres, tout comme la reprise de son économie est influencée par les conditions extérieures. Son redressementfragile et ses faiblesses structurelles ont une incidence négative sur la reprise économique et le potentiel de croissance de l’UE. À l’inverse, la reprise de l’économie française est tributaire de conditions extérieures favorables. La situation sur le front de l’inflation dans la zone euro joue également un rôle déterminant dans la réduction du ratio de la dette au PIB et le redressement de la compétitivité. »

Extrait du Rapport 2016 pour la France

De plus, elle est considérée, par l’institution, comme « un pays en « déséquilibre excessif »au même niveau que la Croatie, l’Italie, le Portugal, Chypre et la Bulgarie »

Ainsi, les réformes à venir sont encore nombreuses, il est donc important de ne pas faire n’importe quoi avec la France, sinon c’est tout le bateau qui risque de couler.

Étant donné le climat social, déjà bien tendu avec la loi travail, il va falloir la jouer fin et ne pas faire n’importe quoi sur le plan de la stratégie de communication. Il faudra utiliser, de la manière la plus efficace possible des outils de manipulations des masses, de façonnement de l’opinion ou de propagande.

Afin de partager des informations cohérentes et pertinentes, je vais principalement baser mon analyse sur les travaux de 2 personnes. Dans un premier temps, nous étudierons les bases de la propagande par le biais de d’Edward Bernays qui a largement contribué à sonexpansion massive et sa théorisation moderne. Puis dans une seconde partie, je mettrai en avant le travail de Naomi Klein, et proposerai une analyse de notre situation.

Edward Bernays (1891-1995)

Double neveu de Sigmund Freud, fut l’un des pères fondateurs du métier de « Conseiller en Relation Publique » et grand praticien/théoricien, de la propagande moderne.
Il participa à la Commission Creel, qui fut un laboratoire de propagande crée par la gouvernement américain en 1917 ayant pour but de façonner l’opinion des citoyens américains afin de les rendre favorables à l’entrée en guerre des USA. Elle fut à l’origine de la fameuse affiche d’Uncle Sam et son « I want you for US Army ».
Le franc succès de la commission permit à Bernays de comprendre pleinement qu’une nouvelle industrie, essentielle et nécessaire selon lui, devait voir le jour : l’industrie des relations publiques.

 

« C’est bien sûr, l’étonnant succès qu’elle (la propagande) a rencontré pendant la guerre (commission creel) qui a ouvert les yeux d’une minorité d’individus intelligents sur les possibilités de mobiliser l’opinion, pour quelque cause que ce soit. »

Extrait de Propaganda, Edward Bernays, 1928

 

Il orchestra de grandes campagnes commerciales, dont l’une des plus connues et celle qui doubla les profits de l’American Tabacco. Il réussit à légaliser la consommation de tabac pour les femmes en jouant sur l’approche symbolique (phallique – autorité du mâle) de la cigarette, qu’il mêla à un flash mob surprise (pour les gens, pas pour les journalistes qui avaient été prévenus) et choc un jour de fête national à New York (pâques).
Accessoirement il participa aussi à d’autres campagnes de propagandes, plus politiques, dont celles visant à déstabiliser les pays d’Amérique du sud dans les années 50.

Par cette article, je souhaite vous parler de pratiques qui ne sont pas très connues, mais quiorganisent nos vies, et qui appartiennent au domaine de la propagande. Il me semble quene rien connaître dans cette science peut mener à de graves erreurs de jugements. Ceci dit, j’aimerai aussi insister sur le fait que ce n’est pas parce qu’on connaît certains mécanismes de propagandes que nous sommes à l’abri. Car ces mécanismes jouent sur des pulsions humaines communes, ce qui n’a rien à voir avec l’intelligence. Disons que connaître ces mécanismes, permet surtout de modérer les effets de la propagande ou de réagir après coup, de comprendre ses erreurs et son ressenti.
Je sais à quel point le sujet est un sujet sensible. Certains pourront prendre ce genre d’article comme une attaque ou de la provocation. L’excès de fierté, d’orgueil ou d’égo peut être. C’est pourquoi, j’ai décidé de surtout citer le livre d’Edward Bernays, Propaganda (1928), que j’ai (re-)étudié pour l’occasion.

« La nouvelle profession des relations publiques est née de
la complexité croissante de la vie moderne, et de la nécessité concomitante d’expliciter les initiatives d’une partie de la population à d’autres secteurs de la société. Elle trouve aussi son origine dans la dépendance de plus en plus marquée des instances de pouvoir par rapport à l’opinion publique. Qu’ils soient monarchiques ou constitutionnels, démocratiques ou communistes, les gouvernements ont besoin de l’assentiment de l’opinion pour que leurs efforts portent leurs fruits, et au reste le gouvernement ne gouverne qu’avec l’accord des gouvernés. »

« La propagande moderne désigne un effort cohérent et de longue haleine poursusciter ou infléchir des événements dans l’objectif d’influencer les rapports du grand public avec une entreprise, une idée ou un groupe  »

« Un travail de longue haleine » Voici un exemple, parmi tant d’autres, cité par le traducteur du livre :

Le démantèlement des tramways au États Unis :

Avant les années 1950, la plupart des grandes villes américaines étaient équipées de tramways. Un moyen de transport sûr, efficace et infiniment plus écologique que la voiture. Cependant « on a en effet délaissé le tramway afin de faire la promotion de la voiture individuelle à laquelle certains voulaient ouvrir les villes. Qui donc ? Dès les années 1920,General Motors, Firestone et la Standard Oil de Californie se sont attelées à la tâche deconvaincre l’opinion publique d’opter, en matière de transport urbain, pour une solution polluante, inefficace et extrêmement coûteuse. L’intermédiaire était alors une entreprise écran, la National City Lines qui, progressivement, acheta et contrôla les compagnies qui possédaient les tramways dans des dizaines de villes (NY, LA, Philadelphie, Saint Louis etc.) ;on procéda ensuite à leur démantèlement progressif, au profit d’autobus achetés par un fournisseur appartenant au trio ; enfin , et en parallèle on mènera une action politique par le National Highway Users Conference afin de promouvoir, avec succès, la construction des autoroutes.
Le programme durera 3 décennies au terme desquelles les tramways des villes seront remplacés par les voitures individuelles et les autobus. En 1959, découvertes, les compagnies impliquées seront traduites en justice. Reconnues coupables de conspiration criminelle, elles devront acquitter une amende de… 5 000 dollars. »

Ceci étant un exemple où les compagnies ont été reconnues coupables. Mais combien de compagnies et d’institutions continuent de nos jours à fonctionner de cette manière ?
Notez le succès de cette campagne qui a parfaitement fonctionné et ceci sans internet.

Mais revenons à la propagande et écoutons les paroles d’un des génies en la matière.

 

« Cette pratique qui consiste à déterminer les circonstances et à créer simultanément des images dans l’esprit de millions de personnes est en réalité très courante. (1928) Aujourd’hui, elle participe à quasiment toutes les entreprises d’envergure, qu’il s’agisse de construire une cathédrale, de financer une université, de commercialiser un film, de préparer une émission d’obligations ou d’élire le chef de l’État. L’effet attendu sur le public est créé, selon les cas, par un propagandiste professionnel ou un amateur à qui on aura confié ce soin. Ce qu’il faut retenir, c’est d’abord que la propagande est universelle et permanente ; ensuite, qu’au bout du compte elle revient à enrégimenter l’opinion publique, exactement comme une armée enrégimente les corps de ses soldats.
Les gens susceptibles d’être ainsi mobilisés sont légion, et une fois enrégimentés ils font preuve d’une telle opiniâtreté qu’ils exercent collectivement une pression irrésistible sur le législateur, les responsables de journaux et le corps enseignant » Donc des pressions sur les personnes non enrégimentés.

«  Leurs groupe défend bec et ongles ses « stéréotypes », ainsi que les appelle Walter Lippmann, et transforme ceux de personnalités pourtant éminentes (les leaders de l’opinion publique) en bois flotté emporté par le courant. »

 

Mais rentrons un peu plus dans l’esprit de cet homme.
Il reconnaît, comme beaucoup de gens de son envergure, que les révolutions industrielles (ainsi que la révolution Française par définition) ont permises à une nouvelle classe d’accéder au pouvoir. La classe marchande, celle de la haute bourgeoisie. Il remarqua justement, et comme d’autres avant lui, que « Le suffrage universel et la généralisation de l’instruction sont ensuite venus renforcer ce mouvement, au point qu’à son tour la bourgeoisie se mit à craindre le petit peuple, les masses qui, de fait, se promettaient de régner. ».
On voit très bien ici l’emprunte d’un dogme philosophique encore présent de nos jours :
Il était naturel que la bourgeoisie chassa les rois, car elle devenait de plus en plus importante. Par contre il est inadmissible que le petit peuple cherche à faire pareil avec la bourgeoisie.
Ainsi il constata « qu’une réaction s’est amorcée. La minorité (haute bourgeoisie) a découvert qu’elle pouvait influencer la majorité dans le sens de ses intérêts. Il est désormais possible de modeler l’opinion des masses pour les convaincre d’engager leur force nouvellement acquise dans la direction voulue. » C’est d’ailleurs ce qui se passa en 1789 en France bien avant le constat de Bernays.
Mais pour lui, la manipulation des masses va de paire avec la pseudo-démocratie moderne, ainsi il explique cette vision partagé de nos jours par nos élites :

 

«  Étant donné la structure actuelle de la société, cette pratique est inévitable. De nos jours la propagande intervient nécessairement dans tout ce qui a un peu d’importance sur le plan social, que ce soit dans le domaine de la politique ou de la finance, de l’industrie, de l’agriculture, de la charité ou de l’enseignement. La propagande est l’organe exécutif du gouvernement invisible.  »

 

Nier l’existence de ce « gouvernement invisible » serait nier l’existence de la réalité sociale, surtout de nos jours. En somme, vivre dans un déni profond.
Cette réalité n’a rien de très originale, ce n’est pas un scoop, car comme vous pouvez le constater, une personne qui a vécu grâce, dans et pour, ce « gouvernement invisible » en parle de manière tout à fait normal, qui plus est, en 1928. Pour lui, et pour certains, ceci est tout à fait naturel, évident, nécessaire et souhaitable. Surtout dans une pseudo-démocratie moderne qu’ils confondent avec la vrai démocratie.
Ainsi « La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays.
Nous sommes pour une large part gouvernés par des hommes dont nous ignorons tout, quimodèlent nos esprits, forgent nos goûts, nous soufflent nos idées. C’est là une conséquence logique de l’organisation de notre société démocratique. Cette forme de coopération du plus grand nombre est une nécessité pour que nous puissions vivre ensemble au sein d’une société au fonctionnement bien huilé. »
Voici le dogme de Bernays l’évidente vérité d’un constat qui pour lui est tout à fait moral et démocratique :

 

« Ils (la minorité intelligente) nous gouvernent en vertu de leur autorité naturelle, de leur capacité à formuler les idées dont nous avons besoin, de la position qu’ils occupent dans la structure sociale. Peu importe comment nous réagissons individuellement à cette situation puisque dans la vie quotidienne, que l’on pense à la politique ou aux affaires, à notre comportement social ou à nos valeurs morales, de fait nous sommes dominés par ce nombre relativement restreint de gens – une infime fraction des cent vingt millions d’habitants du pays – en mesure de comprendre les processus mentaux et les modèles sociaux des masses. Ce sont eux qui tirent les ficelles : ils contrôlent l’opinion publique, exploitent les vieilles forces sociales existantes, inventent d’autres façons de relier le monde et de le guider.  »

 

Mais qui sont ces « bergers » ou « grands sages » dont Bernays nous parle ? « qui, sans quenous en ayons conscience, nous soufflent nos idées, nous disent qui admirer, et qui mépriser, ou ce qu’il faut penser de la propriété des services publics, des tarifs douaniers, du prix du caoutchouc, du plan Dawes, de l’immigration ? Qui nous indiquent comment aménager nos maisons et comment les meubler, quels menus doivent composer notre ordinaire et quel modèle de chemise il est de bon ton de porter ? Ou encore les sports que nous devrions pratiquer et les spectacles que nous devrions voir, les œuvres de bienfaisances méritant d’être aidées, les tableaux dignes d’admiration, les argotismes à glisser dans la conversation, les blagues censées nous faire rire ? »

La liste est longue, et non-exhaustive, ainsi elle représente les oligarques américains des années 20 et si nous cherchions à faire un rapprochement avec la situation actuelle, il faudrait modifier cette liste, étant donné que nous n’avons pas exactement le même fonctionnement politique, que certain statut on perdu de leurs importances et que le monde social a largement évolué (plus d’écart riche/pauvre) :

 

« … l’inventaire comprendrait bien évidemment le président des États Unis et le conseil des ministres au grand complet ; les sénateurs et les représentants élus au Congrès ; les gouverneurs ; les présidents des chambres de commerce de nos 100 plus grandesvilles ; les directeurs généraux des conseils d’administration des 100 premièreentreprises industrielles du pays ; les présidents des nombreux syndicats affiliés à l’American Federation Of Labor ; Le président de chaque corporation et organisation professionnelle nationale ;… les responsables de centaines de grands quotidiens et de magazines de renom ; les 50 écrivains les plus lu ; les présidents des 50 œuvres de bienfaisance les plus réputées ; les 20 producteurs de théâtres et cinéma les plus connus ; les 100 arbitres de la mode les plus écoutés, les ecclésiastiques les plus appréciés et les plus influents des 100 premières villes du pays, les présidents des universités les plus prestigieuses, ainsi que leurs enseignants les plus importants, les financiers les plus puissants de Wall Street etc… »

 

Au final « une telle liste comprendrait des milliers de gens » mis en concurrence les uns contre les autres et dont certains s’interconnectent et obéissent à d’autres supérieurs de l’échelle sociale.
« Le gouvernement invisible » n’agit donc pas comme un seul homme, même de nos jours, mais par contre il me parait raisonnable de penser qu’une grande majorité d’entre eux sont liée par une philosophie commune : le néoliberalisme.
Ainsi que par cette philosophie dont Bernays nous parle, celle qui consiste à protéger les biens pensants et les privilèges acquis par une certaine classe (dont ils font naturellement parti – protéger ses intérêts ), du petit peuple incapable de raisonner, puisqu’il est dénué de cerveau et qu’il est juste bon a être exploiter.
En somme, il s’agit de protéger les gens capables de maintenir et «  de créer l’ordre, à partir du chaos ».

La propagande est donc un outil, qui est pour la plupart du temps utilisée dans se sens. Que ça soit sous la forme d’une propagande à but commerciale ou politique, au final se sont les intérêts des privés qu’ont les moyens financiers et sociaux de se livrer à ce genre de pratiques qui vont primer.

Mais revenons à nos moutons, ou nos bergers, et écoutons les sages paroles du double neveu de Freud au sujet des mécanismes permettant le bon fonctionnement de la propagande :

 

«  L’étude systématique de la psychologie des foules a mis au jour le potentiel que représente pour le gouvernement invisible de la société la manipulation des mobiles qui guident l’action humaine dans un groupe. Trotter et Le Bon d’abord, qui ont abordé le sujet sous un angle scientifique, Graham Wallas, Walter Lippmann et d’autres à leur suite, qui ont poursuivi les recherches sur la mentalité collective, ont démontré, d’une part, que le groupe n’avait pas les mêmes caractéristiques psychologiques que l’individu, d’autres part qu’il était motivé par des impulsions et des émotions que les connaissances en psychologie individuelle ne permettaient pas d’expliquer. D’où, naturellement, la question suivante : Si l’on parvenait à comprendre le mécanisme et les ressorts de la mentalité collective, ne pourrait-on pas contrôler les masses et les mobiliser à volonté sans qu’elles s’en rendent compte ?

La pratique de la propagande a récemment prouvé que c’était possible, du moins jusqu’à un certain point et dans certaines limites. Certes, la psychologie collective est encore loin d’être une science exacte et les mystère de la motivation humaine n’ont pas tous été révélés. Cela étant, l’alliance de la théorie et de la pratique s’avère assez fructueuse pour qu’il ne soit plus permis de douter que, dans certains cas, la mise en œuvre de tel ou tel mécanisme provoque en effet un changement d’opinion remarquablement conforme à celui attendu, un peu comme un automobiliste règle la vitesse de sa voiture en agissant sur le débit d’essence. »

 

Ainsi « à partir du moment où l’on peut influencer des dirigeants, qu’ils en aient conscience ou non et qu’ils acceptent ou non de coopérer, automatiquement on influence aussi le groupe qu’ils tiennent sous leur emprise. Les effets de la psychologie collective ne s’observent toutefois pas uniquement sur ceux qui participent ensemble à une réunion publique ou à une émeute. L’homme étant de nature grégaire, il se sent lié au troupeau, y compris lorsqu’il est seul chez lui, rideaux fermés. Son esprit conserve les images qu’y ont imprimées les influences sociales. »

 

« Leurs travaux ont amené Trotter et Le Bon à la conclusion que la pensée au sens strict du terme, n’avait pas de place dans la mentalité collective, guidée par l’impulsion, l’habitude ou l’émotion. A l’heure du choix, son premier mouvement est en général de suivre l’exemple d’un leader qui a su gagner sa confiance. C’est là un des principes les plus fermement établis de la psychologie des foules, qui opère en fixant à la hausse ou à la baisse le prestige d’une station balnéaire, en suscitant une ruée sur telle banque ou un mouvement de panique à la bourse en créant l’engouement qui va déterminer le succès d’un livre ou d’un film.
Quand la foule ne peut pas calquer sa conduite sur celle d’un leader et doit se déterminer seule, elle procède au moyen de clichés, de slogans ou d’images symbolisant tout un ensemble d’idées ou d’expériences. »

 

«  Les hommes prennent rarement conscience des raisons réelles au fondement de leurs actions. M. Tout le Monde croit qu’il a décidé de l’achat de sa voiture en connaissance de cause, après avoir minutieusement comparé les caractéristiques techniques des différents modèles proposés sur le marché. On peut sans grand risque d’erreur affirmer qu’il se leurre. En réalité, un de ses amis dont il respecte le sens des affaires a peut être acheté la même voiture une semaine auparavant, ou bien M. Tout le Monde a voulu prouver à ses voisins qu’il avait les moyens de s’offrir une automobile de cette classe ; ou encore il l’a choisie pour ses couleurs, qui se trouvent être celles de son ancienne université…

Les psychologues de l’école de Freud, eux surtout, ont montré que nos pensées et nos actions sont des substituts compensatoires de désirs que nous avons dû refouler. Autrement dit, il nous arrive de désirer telle chose, non parce qu’elle est intrinsèquement précieuse ou utile, mais parce que, inconsciemment, nous y voyons un symbole d’autre chose dont nous n’osons pas nous avouer que nous le désirons. »

 

« Ce grand principe voulant que nos actes soient très largement déterminés par des mobiles que nous nous dissimulons vaut autant pour la psychologie collective que pour la psychologie individuelle. Le propagandiste soucieux de réussir doit donc comprendre ces mobiles cachés, sans se satisfaire des raisons que les individus avancent pour justifier leur comportement. »

« La vapeur qui fait tourner la machine social, ce sont les désirs humains. Ce n’est qu’en s’attachant à les sonder que le propagandiste parviendra à contrôler ce vaste mécanisme aux pièces mal emboîtées que forme la société moderne. »

« Selon le schéma en usage autrefois, le fabricant suppliait l’acheteur potentiel :« Acheter-moi un piano, s’il vous plaît ! »
Aujourd’hui, le schéma s’est inversé et c’est l’acheteur potentiel qui dit au fabriquant : « Vendez-moi un piano, s’il vous plaît. »

« S’agissant de la propagation des idées, une des méthodes les plus efficaces consiste à se servir de la structure de groupe de la société moderne ».

 

Bernays prend ensuite pour exemple la campagne qu’il a mené avec succès pour Procter & Gamble où il créa un concours national de sculpture sur « savon Ivory ouverts aux écoliersde certaines classes d’âge comme aux artistes professionnels. »
Il impliqua différentes institutions, comme le Centre artistique de NY, des écoles des « quatre coins du pays », le tout soutenu par plusieurs artistes célèbres de l’époque et une médiatisation du concours.

Ainsi « plusieurs ressorts psychologiques bien connus ont été sollicités pour soutenir cette campagne : Le goût esthétique, celui de la compétition, la sociabilité (le travail de sculpture s’effectue pour une bonne partie en classe), le snobisme (l’impulsion à suivre l’exemple d’un chef de file), l’exhibitionnisme, et enfin, plus important que tout peut être, la sollicitude maternelle. »
Les mères réutilisaient les morceaux de savons pour la lessive, les familiarisant avec le produit par le biais de l’amour maternelle et de l’émulsion du concours.

Un coup de maître, plutôt malsain étant donné que la démarche était exclusivement commerciale. Cependant Bernays, et sa vision dogmatique, nous assurent que :

« Les idées de la propagande contemporaine sont fondées sur une psychologie saine, qui elle-même repose sur l’intérêt personnel bien compris »
Heureusement que «  l’intérêt personnel bien compris » des sages bienveillants est la !

Je rappelle, encore une fois, que ce livre a été écrit en 1928 et que Bernays explique ici les bases des mécanismes de la propagande moderne. Il faut prendre conscience que les choses ne sont pas restées au stade décrit précédemment, l’empirisme a continué, les mécanismes ont évolués afin de devenir de plus en plus efficaces.
J’ai moi même suivi partiellement une formation en communication à la Fac. On m’abrièvement apprit la propagande, sous différents noms, représentants différentes techniques, usages et cibles mais sans jamais prononcer le mot de propagande. Ainsi, on y parlait de techniques plus sophistiquées s’inscrivant dans le prolongement du texte que vous venez de lire.

Cet article touche à sa fin, et pour conclure, je vous conseil vivement de vous procurer le livre « Propaganda », d’Edward Bernays traduit et préfacé par Normand Baillargeon pour ceux qui souhaitent approfondir. Car il est évident qu’il y a encore plein de choses intéressantes que j’aurai voulu partager avec vous, mais je ne peux malheureusement pas recopier tout le livre.

Dans la prochaine partie je vous parlerai de Naomi Klein et m’attarderai sur des mécanismes utilisés très fréquemment de nos jours utilisant les pulsions liées à la peur et à la terreur.

Courage à tous, et essayez de rester calme, quoi qu’il arrive.

 

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