Le grand gentil Google va devenir encore plus gentil

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Il est généreux, il vous donne tout ! L’accès au meilleur moteur de recherche, une boite de courriel, un nuage pour y stocker vos données numérisées, la cartographie en ligne du monde entier avec photos, un agenda en ligne, une suite bureautique avec tableur, traitement de texte, et j’en oublie beaucoup … et tout ça sans que vous, simple particulier, ne déboursiez le moindre fifrelin !

Il y a un adage dans le monde branché des technologies numériques qui dit « Si vous vous demandez qui est le client, c’est que vous êtes le produit ». N’allez pas imaginer que Google soit une œuvre de charité, une organisation philanthropique, bien au contraire. C’est une entreprise capitaliste qui vend à d’autres entreprises tout aussi capitalistes la connaissance qu’elle a de vous. Et Google acquiert cette connaissance en laissant ses algorithmes examiner les courriels que vous envoyez ou recevez, ou les recherches que vous effectuez, et d’autres analyses encore de vos données. Avec 1,2 milliards de comptes de courrier électronique, Google connaît vraiment beaucoup de monde. Et les publicités qu’il vous adresse sont bien ciblées et tombent à pic.

Des américains s’en sont émus. Une action collective en justice a été initiée par des utilisateurs (c’est le nom politiquement correct des « produits ») afin d’empêcher Google d’exploiter les courriels, jugeant trop intrusive cette indiscrétion. Aimeriez-vous que votre facteur, ayant ouvert et lu votre courrier entrant et sortant, analyse quels sont vos sujets de préoccupation du moment, en déduise quels achats vous pourriez commettre et vous propose fort opportunément (et moyennant fifrelins qu’il extorquera aux vendeurs) des offres commerciales en rapport avec les courriers espionnés ?

Google a annoncé qu’il cesserait d’analyser le trafic des courriers électroniques. Bonne nouvelle, mais nul doute que nous laissons trop d’empreintes, trop de traces de nos déambulations sur la toile, et qui disent beaucoup plus sur nous que nous n’aimerions consciemment dévoiler. Google saura lire ces traces pour les transformer en données commercialisables. Google n’a sans doute plus besoin de lire vos mails, il dispose d’autres moyens, et c’est pour cela qu’il y renonce.

Pour conclure, laissez le technophile désabusé que je suis vous asséner quelques réflexions personnelles.

Sur le net comme ailleurs, gardons en mémoire l’exception de Mahoudeaux : « Seul le gâchis de paranoïa est autorisé ».

En France, nous avons la déplorable habitude de mégoter sur le service. Et pourtant, nous finissons toujours par le payer. Mais ne vaut-il pas mieux en connaître le prix que de le laisser camouflé ?

Google est une entreprise qui investit des montagnes de dollars dans la recherche sur les technologies transhumanistes, et qui rêve de greffer ou de connecter des ordinateurs équipés d’algorithmes maison aux cerveaux des futures générations. Ce sera pour leur bien, pour accéder à tout le savoir disponible sans cette contrainte qu’est l’apprentissage, et pour raisonner avec une puissance inégalée par l’homme resté bio. Mais l’homme ainsi augmenté y perdra sa liberté et sera réduit à sa simple utilité économique. Cette instrumentalisation rampante pourrait être le pire des esclavages.

Nos attitudes numériques méritent notre attention. Sont-elles le seul reflet de notre intérêt pour un monde qui ne s’observe pas qu’à travers un écran, où le symptôme d’une addiction par définition aliénante ?

La crise de confiance envers les médias vous fait fréquenter ce lieu virtuel, et sans doute d’autres médias alternatifs. C’est bien, mais est-ce suffisant ? Est-ce que le moteur de recherche que vous utilisez ne pourrait pas devenir, un jour, un censeur partisan tel un Decodex ou un Desintox ?

 

 

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