Mais où va l’Eglise d’Occident ?

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L’évangélisation du Congo, au XXème siècle, a été accomplie par les Jésuites. Pour ce faire, ceux-ci ont mené une analyse poussée du fonctionnement social, des traditions locales, bref se sont « inculturés », afin de présenter l’Evangile d’une façon adaptée au peuple Congolais. Stratégie gagnante, 30% des Congolais étant aujourd’hui Catholiques (40 % étant d’églises Protestantes diverses).

De quoi faire réfléchir le monde Chrétien Occidental, qui ne peut que constater le détachement important de sa jeunesse vis-à-vis de l’Eglise. Alors, quelle feuille de route pour l’Eglise d’Occident ? Essai d’analyse.

I – Préambule sur un contexte socio-culturel troublé

• Une perception douloureuse du passé historique de l’Eglise : L’Europe a été marquée par la présence du Christianisme, qui fut la matrice socio-culturelle du continent pendant des siècles, pour ne pas dire des millénaires. Si l’Histoire, écrite par les vainqueurs à la Révolution Française a contribué à diaboliser le Christianisme (voir ici et ), chacun a pu constater que celui-ci a parfois objectivement dévié de son rôle, pour tomber dans le scandale. Ce dont il paie les frais aujourd’hui auprès d’une frange importante de la population.

• Des problèmes internes toujours présents, ternissant l’image de l’Eglise : Car il saute au yeux que celle-ci est encore critiquable sur bien des sujets. La gestion des affaires de pédophilie, la place des femmes, les scandales financiers de certains prélats, l’opacité de la banque du Vatican, l’incurie de la Curie, … L’Eglise semblera difficilement crédible auprès du grand public dans sa revendication « d’experte en humanité » tant qu’elle n’aura pas résolu ces difficultés.

• Une représentation brouillée de l’Eglise actuelle pour le grand public : Le traitement réservé par les médias à ce sujet ne simplifie souvent pas la tâche. Difficile de voir clair pour un individu extérieur, au travers d’une actualité tantôt diffusée par une gauche peu (pas) cultivée sur le fait religieux, laïciste, voire athée au point de ne pas comprendre qu’un individu puisse agir par motivation religieuse. Ou tantôt diffusée par une droite identitaire enfermant le Christianisme dans un portrait opposé à son idée de fond. Au final, les Catholiques maîtrisant leur sujet se taisent et restent pudiques, suivant les moeurs Catholiques. La question de l’Islam complique également le contexte, beaucoup se retrouvant dans l’idée à la mode qu’« au fond, toutes les religions sont identiques ». De quoi y perdre son latin.

 

II – Diagnostic sur la situation : Le clergé d’Occident, entre déni et remise en question

En plus de ce contexte difficile, la réaction de l’Eglise (voire son absence de réaction) peut sembler en décalage avec le problème.

• Un diagnostic du clergé en demi-teinte : A entendre certains membres du clergé, la seule coupable à la désertion des Eglises est la société de consommation, ravageant les cerveaux, à travers la télévision, la publicité, etc… Ceci en oubliant que les mosquées sont aujourd’hui pleines, de même que les temples évangéliques, et qu’on assiste à un renouveau Copte en Egypte, ou Orthodoxe dans les pays de l’Est. Un confortable déni de réalité, alors qu’il est criant que la situation n’a rien à voir dans bien d’autres confessions.

• Plus de raison d’être Chrétien aujourd’hui : On peut aussi se demander s’il a été saisi que dans ce contexte ultra-mondialisé, les jeunes Occidentaux -pour qui le contact avec le Christianisme est devenu inexistant- n’ont pas de raisons d’être Chrétien plus qu’athée, Bouddhiste, ou Musulman… Rien ne va plus de soi. Le monde étant devenu ultra-Cartésien, c’est sur ce champ-là que l’Eglise doit aujourd’hui argumenter. Elle en a le potentiel, comme elle l’a très brillamment démontré dans les exemples d’inculturation mis en place pour l’évangélisation de l’Amérique du Sud, de l’Asie du Sud-Est, de l’Amérique du Sud, en s’adaptant parfaitement à la culture locale.

• Un problème de transmission du message : Cependant, cette fameuse argumentation est aujourd’hui inaudible, l’Eglise réservant souvent ses réflexions de fond à ses étudiants en théologie. On entend peu parler « d’apologétique » durant les homélies, à savoir la branche de la théologie justifiant la crédibilité rationnelle et historique des enseignements de l’Eglise. Cette Eglise parle peu des figures déconcertantes de Marthe RobinPadre Pio, ou d’autres personnages marquants (iciici ou ), des miracles de Lourdes reconnus malgré des critères très stricts, des miracles eucharistiques, de la réalité du chamanisme – et les risques-, du spiritisme, de la « magie« . Voire de la réalité de l’exorcisme (interview d’un père exorciste) : au-delà des films, chaque diocèse ayant son prêtre exorciste… On pourrait aussi évoquer les multiplications de cas d’expériences de mort imminente, suggérant à minima l’existence d’un au-delà. Face à ce peu d’argumentation, les seuls badauds entrant dans une église par curiosité s’en iront bien vite, à juste titre. Et la jeunesse Chrétienne aura rapidement l’impression que cette foi ne repose que sur des légendes. Il ne faut peut-être pas s’étonner si les jeunes sont si peu à s’engager : Cette argumentation leur a rarement été présentée, aussi ils n’ont que peu de raisons d’y croire.

• Où est passée la beauté ? La messe est perçue par certains comme mortellement ennuyeuse. Les chants étant souvent plus ressentis comme ridicules que priants. Ce qui est parfois signalé avec facétie. Ce même badaud qui entrerait par curiosité dans une église pourrait-il même y trouver un peu d’harmonie ? Et pourtant… L’Eglise dispose de trésors de beautés liturgiques (quelques exemples iciiciici ou ici), d’architecture, de diversité de l’art… Qu’elle enterre méthodiquement, de peur d’être prise pour une vieillote. Pour l’heure, dans bien des églises, la fameuse brave septuagénaire, animant les chants d’une voie chevrotante, sur accompagnement d’un orgue poussiéreux est toujours de rigueur. L’harmonie attendra encore…

 

III – Ressenti sur quelques voies de sorties et espoirs

L’Eglise a toutefois des atouts à faire valoir, à commencer par un certain attachement à l’institution, 60% des Français se revendiquant Catholiques. Elle dispose d’un lien privilégié avec les jeunes en cathé, aumônerie, avec la jeunesse de l’enseignement privé Catholique, … Qui serait un puissant biais de sensibilisation, si elle parvenait à transformer l’essai. De plus, au milieu de la « crise de raison d’être » que le monde matérialiste traverse, elle a les outils pour proposer à tous une vie pleine de sens. La spiritualité Ignatienne (ie de St Ignace de Loyola) n’est-elle pas spécialisée dans le discernement des orientations à donner à sa vie, afin de lui donner la plus belle signification ? Et la spiritualité Franciscaine ne l’est-elle pas dans la sobriété heureuse, ainsi que la contemplation de Dieu à travers la Création ? Tout ceci répondant à des problématiques très actuelles. Pour valoriser ces atouts et regagner en crédit, elle devra parvenir à se réinventer sur :

• La résolution de ses turpitudes internes : Le pape François a initié bien des chantiers prometteurs concernant la réforme de la Curie, et de la banque du Vatican, l’ouverture de postes à responsabilités aux femmes, etc… Espérant aboutir sur une « Eglise pauvre pour les pauvres  ». Chantiers salvateurs pour faire retrouver à l’Eglise sa crédibilité.

• La correction du bug de transmission : L’Eglise ne doit plus avoir peur d’argumenter de façon rationnelle, de fournir une vraie nourriture spirituelle, et une vraie culture religieuse. Une culture allant au-delà du trop fréquent et simple « souris, Jésus t’aime. Aie foi en lui  ! », qui construit à lui seul une foi aussi solide qu’un château de cartes, s’effondrant au premier contact avec le monde extérieur. Et plus profonde que l’homélie se contentant parfois de paraphraser le texte du jour, pour le plus grand ennui de l’assemblée. On ne peut que saluer ceux qui oeuvrent dans ce sens de pédagogie, comme le père Joseph-Marie Verlinde (théologien, expert des religions d’extrême-Orient, de l’ésotérisme, et autres) qui anime les rendez-vous « Cycle Beta » (Quelques vidéos ici), dans lesquels il vulgarise admirablement les positions théologiques de l’Eglise en réponse aux questions d’auditeurs. Le fidèle n’adhère ainsi plus par « contrainte moralisatrice et bien-pensante« , mais par pédagogie efficace et limpide. L’Eglise ne peut plus se payer le luxe de taire systématiquement son argumentation, notamment face à l’Islam, à l’athéisme, et autres, qui n’hésitent pas à s’exprimer sans se recroqueviller. Elle dispose de cette argumentation, mais la présente peu, étant peut-être restée bloquée sur un début de XXème siècle où le Christianisme était convention. Ou sur un Vatican 2 mal compris, où, sous prétexte de tolérance ou de « recherche des fruits de l’Esprit chez l’autre », on reste muet face à celui-ci. En oubliant pourquoi on est ce qu’on est…

• Des façons de prier plus belles et authentiques : Quelques exemples étaient présentés au § II. Il n’est pas anodin que Taizé parle autant à tous les publics. Ou que le chant Grégorien (exemple ici) subjugue au-delà des frontières du Christianisme, à tel point que les jeux vidéos les plus populaires s’en inspirent aujourd’hui pour leur musiques. De même, le groupe de louange « pop Catholique » Glorious, qui déplace les foules sur son chemin, propose une autre forme de prière qui en satisfait certains. Devrait-on aussi renouveler « l’art cliché » du patrimoine Chrétien accompagnant ces prières ? Icônes parfois tristes à en mourir, tableaux et sculptures de styles d’un autre âge, orgues évoquant pour beaucoup les messes mortellement ennuyeuses de leur enfance, …

• Enfin la consolidation d’une communauté chaleureuse, bienveillante, où il fait bon vivre. Témoignant vraiment de l’amour du Christ, car « A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres  » (Jn 13:35). Certains trouveront effectivement que les salutations précipitées à la sortie de la messe ne permettent pas de construire un tissu social bienveillant… Alors on ne peut ainsi que se réjouir devant les propositions toujours plus nombreuses permettant à chacun de se trouver une heureuse place dans la famille du Christ, sur différentes thématiques : communautés charismatiques (chemin neuf, etc…), camps scout, camps MEJPélé VTTgoumFRATPBNgroupes CVX, etc… 🙂

source

Nyspelache

 

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